Franco est mort jeudi de Maurice GOUIRAN

Publié le 3 Avril 2014

Franco est mort jeudi de Maurice GOUIRAN

J'entends parler de cet auteur depuis plusieurs années chez les blogo-copains amateurs de polar, il est également un des auteurs fétiches des éditions Jigal. Il était donc temps que je m'y mette. Et c'est plutôt une bonne pioche!

Dans la famille Magnani, il y a le père, Manu, qui survit de petites combines foireuses depuis qu'il a compris que le pôle emploi ne ferait jamais rien pour lui. 

Il y a Agnès, la mère, qui tient la caisse "dans un supermarché pourave fréquenté par tous les cradingues de la Madrague-ville".

Il y a Patrice, leur rejeton, qui n'a rien trouvé de plus malin pour se faire du blé que de détourner une cargaison de drogue. Maintenant qu'il s'est fait choper, il a le choix entre trouver 30 000 euros en 3 jours ou se faire trancher la gorge par King Kong...

Il y a aussi Paola, la cousine espagnole, qui contacte Manu pour lui parler de son grand-père, mort durant la guerre d'Espagne.

De cette famille espagnole, Manu ne sait rien. Sa mère, qui a connu la guerre et l'exil n'en a jamais parlé. Pourtant le grand-père Ramon, qu'on surnommait el commandante (comme le Ché) était un véritable héros républicain.

Et puis il y a l'autre branche de la famille espagnole, ceux qui ont soutenu le franquisme et ne tiennent pas à ce que Paola déterre ces vieilles histoires, ce passé quelque peu encombrant...

 

Alors que le roman trouve son point de départ à Marseille, au milieu des quartiers populaires, voire autour des petits malfrats qui font la loi dans les cités, on en ressort en ayant appris des tonnes de choses sur la guerre civile espagnole, le contexte politique de l'époque, l'exil des vaincus et le franquisme. 

J'ai beaucoup apprécié l'approche (certes partisane) de l'auteur concernant ce conflit dont je savais si peu. Des camps de réfugiés d'Argelès sur mer, des charniers découverts récemment en Espagne, des liens entre la Russie et l'Espagne je n'avais jamais entendu parler (certes je suis une ignare - particulièrement nulle en histoire). Mais plus qu'un cours d'histoire, ce roman de fiction qui se lit d'une traite, est un roman humaniste. On sent que l'auteur aime les « petites gens », les ouvriers, les exilés, ceux qui galèrent, ceux qui en ont bavé. C'est à travers leur vécu, leurs souvenirs que le roman va prendre forme.

"Ces gars mal fagotés étaient plus précieux que tous les bouquins savants écrits par de grosses tronches endimanchées dans le confort de leurs lofts parisiens."

Le seul petit reproche que j'ai envie de faire: la crédibilité de certains monologues. Quand des personnages pas forcément très érudits (ou qui jusque là avaient une conversation un peu limitée) se mettent à parler comme des livres d'histoire. On passe un peu brutalement du langage familier plein d'argot du sud à des réflexions politico-philosophiques...

Ceci dit, ça se justifie, l'auteur a tellement d'estime pour les gens simples qu'il leur prête volontiers des discours d'universitaires.

 

Gouiran fait partie de ces auteurs qui savent imbriquer les intrigues entre elles et les ficeler fort joliment. Alors on en redemande. Et ça tombe bien, parce qu'avec la vingtaine de romans qu'il a écrit, il y a de quoi faire ! Pour peu qu'on se soit attaché aux personnages, on sera content de retrouver Clovis (qui ne fait pas partie de la famille mais joue un rôle très important), un personnage récurrent du romancier.

 

 

Rédigé par gridou

Publié dans #noir et polar

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Ingannmic 05/04/2014 09:08

Ravie de voir que tu es de retour, et avec un billet qui fait fortement envie, qui plus est...

gridou 07/04/2014 12:14

Merci! ça fait très longtemps que je ne suis pas passée chez toi! (au fait, sais-tu que le bouton "s'abonner" de ton blog ne fonctionne pas?? )

Claude LE NOCHER 04/04/2014 15:36

Salut Gridou
Oui, le contexte est toujours essentiel chez Maurice Gouiran (ce qui est dans la nature du roman noir). Il n'est jamais mauvais de rappeler des points d'Histoire, car notre démocratie est si fragile.
Amitiés.

gridou 07/04/2014 12:10

Oui! C'était pas qu'un "petit point" qu'il me manquait! alors Merci Maurice! ;)

Violette 04/04/2014 10:05

aïe, je ne connais ni ce thème ni cet auteur... y'a du boulot...

gridou 04/04/2014 10:26

L'avantage de ce bouquin très digeste (c'est quand même un polar ) c'est que tu ressors de là avec une vision claire et globale de la guerre civile espagnole (resituée dans le contexte politique international de l'époque).

Oncle Paul 03/04/2014 10:35

Ah, enfin Gridou... tu découvres Maurice Gouiran ! Je suis sûr que tu ne vas pas en rester là. Certes un pas de l'histoire longtemps occulté, le gouvernement français ne s'étant pas montré très humaniste, c'est le moins qu'on puisse dire. Dans le même registre sur Argelès je te conseille Le Trésor du Catalan de François Darnaudet paru aux éditions du Passage en 2003 il me semble. Si tu arrives à le trouver.
Quant aux dialogues trop bien construits, cela peut choquer, mais derrière les personnages il y a l'auteur et pour un auteur qui se respecte il est difficile d'écrire n'importe comment. Certains le font, ils sont encensés, mais moi je n'aime pas. Question d'âge peut-être. Alors où est le juste milieu ?
Amitiés

gridou 04/04/2014 09:25

C'est vrai que tu fais partie de ceux qui ont influencé ce choix de lecture ! (J'ai décidé d'attaquer la pile de romans recommandés par les blogo-copains qui traînent depuis plusieurs années - il y en a pas mal qui proviennent de chez toi et Claude). Le récit de l'exil m'a beaucoup touchée, c'est encore tellement actuel...
quant aux dialogues, c'est vraique c'est plus agréable de lire des passages bien écrits, il m'a juste fallu un petit temps d'adaptation à l'idée que des gars qui carbures au pastaga dans un petit bistro se mettent à parler comme ça, mais c'est sans doute un préjugé de parisienne :)