Teen spirit de Virginie DESPENTES

Publié le 7 Janvier 2012

despentes-teenspirit.jpg     J'ADOOOOORE !!!

 

J'avais déjà lu Teen spirit il y a une dizaine d'années, à sa sortie en poche. Je n'en gardais AUCUN souvenir. Curieux de voir ce bouquin sur une étagère depuis tout ce temps et ne pas se rappeler son contenu...

Apparemment, j'étais complètement passée à côté...Aujourd'hui, après relecture, je comprends pourquoi: les thèmes abordés ne me touchaient pas à l'époque, étaient trop loin de moi.


Pour son 4ème roman Despentes opère un virage radical. Finie la pornographie. Finie la violence. Place à l'adulte et aux responsabilités.

 

Bruno, le narrateur, est un ancien chanteur punk qui passe son temps à traîner chez lui en fumant des joints. Plutôt minable, "empli de cette familière sensation de foirage", il ne sort plus de chez lui depuis deux ans, se fait entretenir en attendant de se mettre à écrire un livre. Gros flemard immature. Un jour, il reçoit un coup de fil d'Alice, un amour de jeunesse qu'il n'a pas vu depuis 13 ans. Ils prennent rendez-vous et elle lui apprend qu'il est père. La vie de Bruno va alors basculer du tout au tout.

 

Teen spirit n'est pas seulement un livre sur l'adolescence (celle de Bruno qui n'est pas encore vraiment adulte et celle de sa fille qui oscille encore entre la fragile petite fille et l'ado insolente), mais aussi sur le fait d'être parent dans la société d'aujourd'hui. Et pour ce qui est de critiquer la société, Despentes n'y va pas de main morte. Tout y passe, à commencer par la télé ( les chaînes jeunesse en particulier):

"jamais propagande n'avait été mieux dispensée, et jamais propagande n'avait connu pareil cynisme."

la bourgeoisie:

"Elle posait son petit cul dans des fauteuils à trente mille balles, elle faisait la queue chez Fauchon plutôt qu'à Auchan et elle bouffait des huîtres comme moi je m'enquillais les sandwiches. Mais il était flagrant qu'elle ne se sentait pas moins merdeuse pour autant."

le monde du travail, la société de consommation etc...

"Le bonheur c'est d'être conforme, ça s'obtient en se payant des trucs".

La vision du monde de Despentes est particulièrement cynique et pessimiste et pourtant dans l'ensemble le bouquin est plutôt tendre et émouvant.

Bruno, que rien ne prédisposait à être père, s'en sort extrêmement bien et grandit grâce à sa fille. Petit à petit, le loser-glandeur s'avère être un super papa, attentif et responsable.

"J'avais peur de ne pas savoir quoi faire mais c'est venu tout naturellement: il fallait lui dire non, tout le temps."

Sa vision du monde change aussi, il voit le danger partout, surveille du coin de l'oeil les regards se portant sur sa fille:

"Est-ce que j'allais me transformer en vieux rabatteur de joie réactionnaire et tout coincé, tout ça parce que j'avais une môme ?"

La situation est d'autant plus amusante que la mère de la petite est issue de la bourgeoisie catholique, l'a élevée dans un cocon, loin des réalités de la vie, alors que Bruno est une sorte de parasite qui squatte chez les copains, complètement fauché.


Ceci dit, n'attendez pas de Teen spirit un moment de pure détente et de rigolade. Certes, c'est son livre le plus léger mais tout de même ! Avec Despentes, la hargne n'est jamais bien loin et quand elle nous donne un bonbon, il faut s'attendre à quelque remontée acide...

 

 

En bonus, ICI : Une interview de Despentes par Ardisson qui date de 2002, la sortie du livre. On découvre une auteur très mal à l'aise sur un plateau télé, très touchante et qui ressemble terriblement à ce qu'elle écrit.

 

 

Autres lectures du même auteur sur ce blog:

Apocalypse bébé

Bye Bye Blondie

Baise-moi

prochaine re-lecture: les chiennes savantes.

Rédigé par gridou

Publié dans #romans

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