Eloge de la marâtre de Mario VARGAS LLOSA

Publié le 19 Juillet 2013

Eloge de la marâtre de Mario VARGAS LLOSA

Cet étrange objet littéraire m'a plongée dans la plus grande perplexité. Je l'ai refermé sans savoir si je l'avais aimé ou non, mais surtout en me demandant ce que je venais de lire.

En effet, ce court roman de Vargas Llosa sort complètement des sentiers battus. Il aurait pu s'appeler "éloge du corps", "éloge du plaisir" ou encore "éloge du fantasme" et on pourrait le qualifier de roman érotique mais ça ne suffirait pas à le raconter et à rendre compte de son étrangeté.

Le roman tourne seulement autour de 4 personnages. Don Rigoberto, sa seconde épouse Lucrecia, dont il est fort amoureux, son fils, le jeune Alfonso et la bonne.

Don Rigoberto est un maniaque de la toilette. Il consacre des heures à ses ablutions, que Vargas Llosa nous décrit dans le moindre détail (y compris l'étape de la purificatrice défécation - sur plusieurs pages) avant de rejoindre sa femme au lit pour lui faire l'amour. Durant leur petits jeux amoureux, Don Rigoberto raconte des fantasmes à sa femme. Ils se projettent alors dans des tableaux de maîtres et revivent les scènes peintes à leur manière.

Le jeune fils Alfonso, dont on ignore l'âge exact mais qui semble entrer dans l'adolescence, est amoureux de sa belle-mère et ne manque pas une occasion de lui montrer toute son affection en s'accrochant à elle et l'embrassant.

Bien qu'elle aime son mari, le désire toujours et qu'elle ait conscience de l'inconvenance de cette situation, elle se laisse emporter par ses sens et cède aux charmes de "l'enfant".

C'est là que le bât blesse...Cette relation adultérine entre une femme mûre (elle vient d'avoir 40 ans) et un enfant m'a un peu gênée. Ça n'aurait pas été le cas si le garçon avait clairement été un jeune adulte. Ici, l'auteur insiste sur sa jeunesse, son apparence d'ange aux boucles blondes, le qualifie de "petit" et sans arrêt "d'enfant". Évidemment, et les références sont explicites, Vargas Llosa nous narre un conte, un fantasme, il s'inspire de la mythologie, il joue sur la dualité du personnage à la fois ange et démon (ce jeune enfant n'a rien d'un innocent et sait parfaitement mener son monde par le bout du nez). Le lecteur sait qu'il ne faut pas prendre cette histoire au 1er degré. N'empêche que cette lecture m'a mise un peu mal à l'aise...

Et les longues scènes de toilette m'ont par moment ennuyée.

Je ressors donc de cette lecture très mitigée...

Vargas Llosa est un auteur que j'affectionne particulièrement et dont je recommande chaleureusement les autres romans (le rêve du celte, tours et détours de la vilaine fille, Qui a tué Palomino Molero?, un rasta à Berlin, la fête au bouc) mais mieux vaudrait ne pas commencer par ce roman-là pour découvrir son univers.

Rédigé par gridou

Publié dans #romans

Commenter cet article

Violette 02/08/2013 15:02

je ne connais absolument pas ce titre et tu titilles ma curiosité!

gridou 22/08/2013 14:23

Je pense que "titiller" est un mot qui plairait à l'auteur...
Sincèrement, si tu n'as pas déjà lu Vargas Llosa, ne commence pas avec ce roman-là. Il est trop bizarre...
Mais je serai curieuse de lire ton avis.
Je suis toujours la 1ère surprise d'avoir ce genre de réaction prude.

Claude LE NOCHER 22/07/2013 06:41

Salut Gridou
Ceci me rappelle autre chose, proche. Quand Gainsbourg chanta "Lemon incest", on était pas loin de le taxer d'éloge de la pédophilie. Il répondit qu'il suffisait d'écouter les paroles : "l'amour que nous ne ferons jamais ensemble est le plus beau, le plus violent, le plus pur, le plus enivrant..." Un fantasme n'est pas malsain, puisqu'il reste un fantasme.
Amitiés.

gridou 22/07/2013 13:57

Et le livre (de par sa nature) est un fantasme aussi...N'empêche que ce bouquin m'a laissée perplexe. La construction: alternance de scènes de toilette, vie réelle et tableaux fantasmés est super bizarre...