La carte et le territoire de Michel HOUELLEBECQ

Publié le 10 Septembre 2013

La carte et le territoire de Michel HOUELLEBECQ

J'AIME !

Chose promise après la possibilité d'une île, revoici Houellebecq chez Gridou (ça n'a pas traîné) pour un roman complètement différent des précédents.

Cette fois-ci ni provocation, ni pessimisme à outrance, ni sexe, ni violence, ni cynisme. On le croirait presque assagi le bougre, plus mûr, devenu enfin raisonnable diront certains, plus consensuel pour ratisser plus large diront d'autres. Ou au contraire plus en forme que jamais. 

 

Dans la carte et le territoire, Houellebecq met en scène Jed Martin, un artiste photographe et peintre, en pleine ascension dans le monde de l'art contemporain. Le hasard le parachute sur le devant de la scène sans qu'il est jamais cherché à s'y retrouver. Un personnage très Houellebecquien, solitaire, introverti, quasiment dépourvu de sentiment, qui traverse le monde en l'observant sans interagir avec lui, qui se laisse juste porter par les événements. Son agent lui suggère de demander à Michel Houellebecq d'écrire le livret de sa prochaine expo. Jed va donc rencontrer l'écrivain, s'attacher un peu à lui (pour le peu d'attache qu'il est capable de créer...) et peindre son portrait.


A travers ce personnage singulier complètement détaché du monde, Houellebecq brosse un portrait de notre société en général et du monde de l'art contemporain, des "people", en particulier. L'aspect le plus marquant, le plus drôle et sans doute celui qu'on retiendra du roman, est la critique du monde de l'art contemporain et des médias (journalistes, critiques d'art, mécènes, acheteurs). Les personnages rencontrés sont des clichés ambulants, grotesques mais tellement réalistes qu'ils se ridiculisent d'eux-mêmes. Le style est moins mordant qu'à l'accoutumée, moins choquant et agressif au premier abord, mais toujours aussi ironique. Comment imaginer une seconde que Houellebecq est sérieux quand il fait l'apologie de Jean-Pierre Pernaut sur une demi-page?

Mais Houellebecq va plus loin, il ne se contente pas de railler les pseudos gens qui comptent (et se prennent très au sérieux), le monde de l'argent. Il utilise son personnage comme un témoin de notre époque. Partout où il se rend, Jed décrit naïvement ce qu'il voit autour de lui, que ce soit au supermarché, à l'aéroport, à la campagne ou en banlieue quand il va voir son père. Et c'est à chaque fois l'occasion d'une réflexion sur la grande distribution, les voyages, le tourisme de masse, l'urbanisation etc...des tas de sujets y passent (on retrouve aussi les thèmes qui lui sont chers: le vieillissement, la maladie, les dysfonctionnements du corps).

Tout le talent de l'auteur se situe là: écrire un roman léger, drôle, facile à lire, teinté d'une ironie subtile, tout en apportant une réflexion profonde sur le monde contemporain.


Quant à l'introduction du personnage Michel Houellebecq dans le roman, on ne peut qu'en sourire. Le portrait qu'il brosse de lui-même (ermite dépressif à tendance alcoolique) est plutôt amusant. En tout cas, on sent que l'auteur s'est amusé à se mettre en scène, à mettre en scène sa propre mort (il est sauvagement assassiné, son corps putréfié retrouvé plusieurs jours plus tard) et son enterrement. 

 

Avec ce roman, Houellebecq fait preuve d'une grande finesse d'écriture où légèreté et critique acerbe se côtoient. Il prouve ici qu'il sait aussi écrire sans jouer les cartes sexe, violence, et provocation (hormis quelques petits coups de griffes aux journalistes, ce qui n'est pas pour me déplaire).

Réplique de Houellebecq, le personnage de roman, à Jed:

"Vous savez, ce sont les journalistes qui m'ont fait la réputation d'un ivrogne; ce qui est curieux, c'est qu'aucun d'entre eux n'ait jamais réalisé que si je buvais beaucoup en leur présence, c'était uniquement pour parvenir à les supporter."

 

Rédigé par gridou

Publié dans #romans

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aztec 29/09/2014 14:07

Moi qui ne suis pas une des plus grandes fans de Houellebecq, je me suis surprise à aimer ce livre, qui est beaucoup plus digeste et plus sage que les autres et qui nous fait parfois avec humour faire un tour d'horizon de quantité de sujets actuels.

Violette 02/10/2013 20:51

peut-on dire que je suis allergique à cet auteur? ... hum, oui, on peut!

Midola 25/09/2013 14:31

Il m'attend dans ma bibliothèque, il faudrait que je me décide !

gridou 26/09/2013 15:17

Il se lit vite et sans effort. Les avis sont très partagés (comme toujours avec cet auteur) donc je suis curieuse de connaître le tien.

Claude LE NOCHER 12/09/2013 17:41

A vrai dire, je déteste beaucoup plus la carpette Jean-Pierre Pernaut que l'inutile Houellebeck (qui a raison de picoler pour supporter les autres) ou que le divertissant Lucchini (pas un génie, quand même)... Tout ce petit monde germanopratin et médiatico-baveux est si artificiel. (^_^)

gridou 12/09/2013 17:45

Fais gaffe tu deviens aussi misanthrope que Houellebecq
et t'as raison, les écrivains sont inutiles ! complètement d'accord avec toi ;)

Claude LE NOCHER 12/09/2013 17:22

Plus de doute, elle a viré masochiste, notre Gridou ! Bon, je t'épargne mon commentaire. Juste un truc, comme Fabrice Lucchini, Houellebecq est sûrement fan de Jean-Pierre Pernaut.
Amitiés.

gridou 12/09/2013 17:32

Ha ha! Oui je récidive!!
Je me doutais bien que tu allais repasser par là pour me dire tout le bien que tu penses de Houellebecq! La comparaison avec Lucchini est très bien choisie! Ce sont des personnages qu'on adore ou qu'on déteste.
Non non Houellebecq est plein d'ironie dans ses propos. Aucun doute là-dessus. D'ailleurs la soirée du nouvel an chez JP Pernaut est vraiment très drôle et Jed (le personnage principal) finit par vomir au pied d 'un palmier en en sortant.C'est pas anodin...
J'ai bien compris que je ne te convaincrais pas mais ce n'est pas grave, on ne peut pas être d'accord sur tout.