La possibilité d'une île de Michel HOUELLEBECQ

Publié le 15 Juillet 2013

La possibilité d'une île de Michel HOUELLEBECQ

Quel personnage ce Houellebecq. Toute sortie littéraire le concernant se transforme illico en grosse machine de promo.

On adore, on déteste, on polémique. On ne sait pas trop quoi en penser mais quoiqu'il en soit on parle de lui.

Et pourtant...c'est toute vierge (d'informations concernant ce roman) que je l'ai abordé (à croire que je vis en ermite dans une grotte).

D'ailleurs je vous conseille d'en faire autant, de ne pas lire ce qui suit, de juste débarquer en terre inconnue et de vous faire votre propre opinion.

(Moi j'ai adoré).

Je ne savais donc pas que je me lançais dans un roman d'anticipation.

Daniel24 est le descendant, cloné à partir de son ADN, de Daniel1. 2000 ans après la mort de celui-ci, Daniel24 découvre le récit de vie de son ancêtre et à travers lui, la fin de la civilisation humaine et les prémices de la civilisation des néo-humains.

On est globalement dans un roman de science-fiction mais Daniel1 est le personnage principal et le plus gros du roman se situe dans le monde actuel.

Daniel(1) est humoriste à succès. C'est un personnage cynique, misogyne, misanthrope même, autocentré, névrosé. De la vie, Daniel n'apprécie que les plaisirs charnels et encore, il faut qu'il soit bien disposé. Sa vision du monde est complètement noire, sans concession.

Vraiment le genre de personnage qu'on a envie de détester.

Quelques morceaux choisis pour camper un peu le personnage et le ton du roman:

"Comme toutes les très jolies jeunes filles elle n'était au fond bonne qu'à baiser, et il aurait été stupide de l'employer à autre chose, de la voir autrement que comme un animal de luxe, en tout choyé et gâté, protégé de tout souci comme de toute tâche ennuyeuse ou pénible afin de mieux pouvoir se consacrer à son service exclusivement sexuel."

"Je n'avais jamais éprouvé de sympathie pour les pauvres, et aujourd'hui que ma vie était foutue j'en avais moins que jamais; la supériorité que mon fric me donnait sur eux aurait même pu constituer une légère consolation (...). "

"Quant aux droits de l'homme, bien évidemment, je n'en avais rien à foutre; c'est à peine si je parvenais à m'intéresser aux droits de ma queue."

A partir de là, deux façon d'aborder le roman:

soit on trouve le type infect, on est tenté de confondre narrateur et auteur (Daniel ressemble foutrement à Houellebecq) et on referme le bouquin illico. Pas envie d'en savoir plus.

soit on accepte le personnage de Daniel comme un personnage de fiction et on sourit de son inconvenance, de son jusqu'au boutisme.

J'ai choisi cette option-là et j'ai jubilé à lire certains passages.

Daniel est certes un personnage très auto-centré, qui nous relate sa petite vie et ses déboires personnels (le vieillissement du corps qu'il a du mal à accepter) mais il est aussi un témoin de son époque. Son détachement par rapport au monde qui l'entoure lui permet d'analyser froidement la société et de voir la civilisation foncer droit dans le mur. C'est d'ailleurs pour ça que son récit de vie intéresse tant ses descendants, grâce à lui, ils parviennent à comprendre comment est arrivée la fin de l'humanité. Et c'est pour ça qu'il est si intéressant pour le lecteur aussi. Pour la petite histoire (de Daniel) et la grande histoire (du monde dans lequel nous vivons). Il est vraiment troublant de constater avec quelle acuité Houellebecq voit le monde. Alors qu'il a écrit la possibilité d'une île en 2005, il y prévoit le printemps arabe (2010-2011):

"En quelques années, la mutation, (...) se répandit à l'ensemble des pays arabes, qui eurent à faire face à une révolte massive de la jeunesse (...)."

mais aussi :

"Les homosexuels eux-mêmes, après une brève période de frénésie consécutive à la libéralisation de leurs pratiques, s'étaient beaucoup calmés, aspiraient maintenant à la monogamie et à une vie tranquille, rangée, en couple (...)".

Troublant...De là à ce qu'il voit juste et que les humains puissent être clonés...

En tout cas vous l'aurez compris, sa vision du monde est noire noire noire; rien de réjouissant ne semble nous attendre dans un futur proche, bref on est complètement foutu!

Le futur des êtres clonés sera-t-il meilleur? Vous le saurez en lisant le livre.

J'ai adoré ce roman, j'ai beaucoup souri en lisant de témoignage du sinistre Daniel et j'ai très envie de découvrir les autres romans de Houellebecq ( j'ai déjà lu plateforme - une grosse claque - et les particules élémentaires - qui ne m'a laissé aucun souvenir) mais assurément,il ne s'agit pas d'un roman consensuel et certains détesteront.

Vous êtes avertis...

Rédigé par gridou

Publié dans #romans

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Le Marginal Magnifique 23/08/2013 12:45

J'ai beaucoup aimé aussi ce roman, bien que je m'en souvienne peu puisque j'ai lu lors de sa sortie en poche. Votre compte-rendu concis mais très juste m'a permis de m'y replonger !

C'est vrai que sa vision du monde est particulièrement noire dans "La Possibilité d'un île" comme dans tous ses livres, mais au moins il en a une, forte et cohérente, ce qui n'est pas le cas de tous et c'est ce qui, je crois, fait les grands auteurs.

D'ailleurs, contrairement à Claude qui a laissé un commentaire plus haut, je crois que Houellebecq sera peut-être le seul de ses contemporains qui survivra à la postérité. Il est l'un des rares à ne pas tricher et à ne pas prendre de pose, il est authentique, possède une grande culture et son écriture est d'une rigueur et d'une précision chirurgicales. J'aime tous ses livres, moins peut-être comme vous "Les Particules élémentaires", et tous valent le coup dont son essai sur Lovecraft, qui est brillant ou sa poésie.

Bon, on peut lui reprocher d'être un peu racoleur avec les scènes de sexe qu'il insère, mais ces scènes sont plutôt amusantes et dans son dernier roman qui a obtenu le prix Goncourt il les a évitées, ce qui n'empêche pas le livre d'être très bon et drôle. J'aime moins aussi les passages purement romanesques, ça fait un peu roman de gare parfois, mais dans l'ensemble ses livres ont énormément de fond et je trouve qu'il témoignent plutôt bien du monde dans lequel on vit.

gridou 25/08/2013 17:59

Je reviens d'une une petite virée à la bibliothèque avec "la carte et le territoire" sous le bras. Affaire Houellebecq à suivre ici même très prochainement...(après les articles des 2 polars lus pendant les vacances).
à bientôt peut-être ;)

Violette 02/08/2013 15:00

lu il y a longtemps et j'ai été choquée, écœurée. Je n'aime pas cet auteur... On n'entend plus parler de lui d'ailleurs, si?

gridou 23/08/2013 09:36

Peut-être n'aimes-tu pas te vautrer dans le cynisme ;)
Son côté misogyne est dérangeant aussi. Moi je le vois comme de la provocation et ça me fait sourire mais je ça peut heurter le lecteur.

Violette 22/08/2013 18:32

peut-être étais-je trop jeune... :-)

gridou 22/08/2013 14:05

C'est vrai? Je ne suis pas surprise qu'il divise. Moi ça m'a donné envie d'en lire d'autres.

Claude LE NOCHER 17/07/2013 20:39

Ben oui, j'suis débile puisque je trouve Welbec sans intérêt, m'étant endormi en lisant "Les partitêtes alimentaires" (ou "Les parties de cul élémentaires", j'sais plus). Ben oui, ce frimeur et fraudeur m'ennuie sincèrement. La négation de ce qu'il prétend être, un "esprit littéraire". Je lui souhaite longue vie car, dès son décès, en voilà un autre qui sera illico oublié. Je suis sévère, oui et c'est rare, mais je déteste les prétentieux.
Amitiés, ma chère Gridou.

gridou 18/07/2013 12:25

Je ne suis pas surprise, je comprends très bien qu'on le déteste!
(C'est aussi pour ça que j'évite de lire les ITW d'auteurs, je préfère lire leurs livres pour me faire une opinion parce qu'on a vite tendance à confondre auteur et narrateur - ce qui n'est sûrement pas ton cas, tu es un lecteur plus qu'averti).
Ceci dit, moi j'ai bien aimé ce que j'ai lu de lui. J'aime son cynisme (qu'on peut considérer comme de la supériorité mal placée) et tu seras toujours le bienvenu pour dire que tu n'aimes pas. ;)