Noir linceul de MIKHAÏL W.RAMSEIER

Publié le 22 Septembre 2013

Noir linceul de MIKHAÏL W.RAMSEIER

Une idée de lecture piochée chez Pierre ( black novel). Son avis mitigé m'a intriguée, j'ai eu envie de tester aussi...

Je ressors de cette lecture aussi mitigée que lui.

Noir Linceul est un roman noir qui met en scène plusieurs personnages amenés à se rencontrer sur l'île de St Pierre. (Une bonne occase pour le lecteur de découvrir le petit archipel de St Pierre et Miquelon, froides petites îles dont on connaît généralement le nom pour l'avoir entendu au bulletin météo mais guère plus). Parmi eux, Hyacinthe le québécois, venu faire une retraite de quelques mois après un « burn out », Auguste le suisse baroudeur, qui parcourt le monde et se laisse guider par le sens du vent, Zelda la jeune graphiste suisse qui a envie de repartir à zéro, ailleurs.

Un soir, à Genève, alors qu'ils sortent boire un verre, Zelda et son ami Max entendent des sanglots dans le local à poubelles. Ils y découvrent Victorine, en pleurs, elle vient de se faire violer. Zelda va l’accueillir chez elle, l'aider à se remettre, sans pour autant avoir envie de devenir sa meilleure amie. Quelle surprise alors de la voir débarquer quelques semaines plus tard à St Pierre...

 

Je suis un peu sceptique quant à l'appellation « roman noir », en tout cas il ne s'agit pas d'un polar. En guise d'intrigue, le lecteur suivra la vie des habitants de l'île et des différents personnages amenés à se rencontrer et à échanger sur leur vie et leur vision du monde.

Le style est agréable à lire, les personnages sympathiques et attachants, on est vite saisi de l'envie de connaître la suite.

Là où le bât blesse, c'est quand les personnages se mettent à tenir des propos...dérangeants. Ce n'est pas forcément l'avis de l'auteur, seulement des personnages, mais comme on s'est attaché à eux depuis le début, on ne peut qu'être surpris de les découvrir sous ce nouveau jour. C'est déstabilisant.

 

Exemple: quand Zelda (personnage de la jolie fille pleine de caractère - qui m'a dans un 1er temps rappelé l'héroïne de Millenium) dit : « Je ne suis pas sectaire je suis hétéro ! (...)J'ai rien contre les homos, ce qui me gonfle c'est leur omniprésence médiatique, et leur victimisation systématique. Faudrait tous être comme eux, sinon on les brime. », on peut être d'accord ou pas, mais ça passe, ça se laisse lire sans sourciller.

Quand 2 répliques plus tard, Zelda va plus loin « Regarde le mariage « pour tous »...Pourquoi ne pas se marier avec des chèvres pendant qu'on y est ?». Là, je sourcille. Non pas parce que Zelda est de cet avis (les personnages ont le droit d'avoir les opinions qu'ils veulent), mais parce que je n'avais pas envisagé au départ qu'elle puisse être de cet avis, on ne me l'avait pas présentée comme ce genre de personnage et ça me dérange que cette fille, que je trouvais sympathique, tienne de tels propos.

Et c'est pareil pour Auguste et sa théorie sur les victimes. Il démarre gentiment en disant que les gens qui ont une attitude de victime sont voués à rester des victimes. Il parle d'asservissement volontaire. En gros, dans la vie on a ce qu'on mérite. Soit. Puis au fil des conversations, il va plus loin. Jusqu'à dire: « (...)Ce ne sont pas tant les bourreaux qui sont dangereux, que toutes ces victimes qui sont consentantes.

- Comment tu peux dire une chose pareille ? Alors Hitler était moins dangereux que les juifs qui se sont soi-disant laissés faire ?

Oui. Parce que sans elles, sans ces victimes qui ont accepté, Hitler n'aurait jamais pu faire ce qu'il a fait. Ce qui n'enlève rien, évidemment, à l'horreur qu'elles ont vécue. »

Et là, pour moi, ça va trop loin.

Dans les paragraphes suivants, il étaye ses propos, tempère un peu : « (…) c'est à chacun de fixer les limites de ce qu'il est d'accord de supporter. S'il ne le fait pas c'est qu'il accepte la loi du tortionnaire. (...). C'est plus confortable d'être asservi que d'être libre. La liberté, faut l'assumer. (...) Ils sont maternés en échange de leur soumission».

Doit-on voir dans les opinions d'Auguste des propos maladroits, une simple provocation,  ou une sorte d'hommage à Aldous Huxley, qui parlait d'«une dictature qui aurait les apparences de la démocratie, une prison sans murs dont les prisonniers ne songeraient pas à s'évader.»?

??

Quoiqu'il en soit ma lecture a été un peu gâchée par ces théories parfois indigestes, par la surprise de découvrir des opinions que je ne cautionne pas dans la bouche de personnages que je n'attendais pas sur ce terrain-là.

Mais c'est un peu comme dans la vraie vie finalement, on est parfois déçu par les gens en apprenant à les connaître...

Est-ce une raison suffisante pour condamner un livre, qui par ailleurs est plein de qualités?

Un livre qui m'a fait cogiter et m'a donné envie de relire "le meilleur des mondes"...

 

???

 

Je ferais bien de Noir linceul un livre voyageur, si d'autres curieux ont envie de se faire leur propre opinion (et pourquoi pas d'ouvrir le débat).

Rédigé par gridou

Publié dans #noir et polar

Commenter cet article

Pierre FAVEROLLE 24/09/2013 20:54

Tu as parfaitement étayé ton avis, Gridou et on se retrouve sur tout. En fait, c'est très bien écrit mais il y a des choses qui ne passent pas ! Amitiés

gridou 24/09/2013 21:45

Voilà!
:)

Claude LE NOCHER 24/09/2013 20:00

Ah oui, tiens, comme l'a souligné Olive, ta newsletter est sortie des limbes ce midi, près d'une journée après publication de l'article. Amitiés.

gridou 24/09/2013 21:44

Oui, même réponse qu'à Olive, j'ai enfin compris qu'il fallait cocher la petite enveloppe avant de larguer l'article dans l'espace virtuel...
Pas dégourdie la fille...

Oncle Paul 24/09/2013 15:00

Bonjour Gridou
Dans un espace public, café, marché, ou autre, on entend souvent ce genre de propos. Au bureau, au travail, certains collègues nous déçoivent parce qu'un seul coup on s'aperçoit qu'ils votent FN alors qu'ils avaient tendances à communier avec les idées socialistes. Et puis ne faisont pas dans l'angélisme. Les propos de François Fillon ont choqué la classe politique, de gauche comme de droite. Mais les adhérents eux, quand pensent-ils ? Quant à la question juive, cela est aussi moins tranché que tu voudrais le croire. Voir par exemple :
http://www.planetenonviolence.org/Sionisme-et-3eme-Reich-Collaboration-Active-Entre-Nationalisme-Juif-Sioniste-Et-National-Socialisme-D-Hitler_a3029.html
Amitiés

gridou 24/09/2013 21:54

Article intéressant, je n'avais jamais entendu parler de ça (je ne suis pas du tout une spécialiste de la question).
Pour le reste je suis complètement d'accord avec toi et c'est exactement ce que j'ai ressenti à la lecture de certains dialogues: j'ai été déçue. Déçue par des personnages que je trouvais sympathiques. Après ça, j'avais moins envie de savoir ce qui allait leur arriver...

olive 24/09/2013 12:51

enfin, de nouveau la news letter des gridouillis!!! Non mais alors!

gridou 24/09/2013 21:43

Enfin une visite d'Olive!!! Non mais alors!
Je commençais à me poser des questions sur cette histoire de newslettre que personne ne reçoit jamais et j'ai enquêté! Figure-toi qu'il faut cocher une case avant de publier l'article our que les abonnés soit informé, ce que je ne faisais pas (pour ma défense, la nouvelle version d'overblog a été livrée sans mode d'emploi explicite, j'ai dû aller fouiner pour trouver cette info). Donc le problème est désormais résolu. Par contre je n'ai plus accès aux noms (ou pseudos) des abonnés...Tu peux donc te désabonner librement à tout moment, je ne m'en rendrais même pas compte :)

Claude LE NOCHER 23/09/2013 17:22

Salut Gridou
Ton impression sur ce roman me fait penser à ceci :
L'accent pagnolesque marseillais est sympathique. Les supporters de l'OM chantent avé l'accent. Et certains parfois, trop souvent, ils insultent des joueurs adverses à cause de leurs origines.
... Ou encore ce patron de restaurant, cuisinier rondouillard, jovial et aux petits soins pour ses clients. Dont les employé(e)s vivaient un véritable enfer en cuisine, en coulisse.
Attention donc, à la sympathie qu'on peut accorder.
Est-ce en partie le message de l'auteur ? je n'ai pas lu ce roman (je l'ai).
Quant aux "victimes consentantes", il faut aujourd'hui attendre tardivement qu'une entreprise soit menacée de fermeture pour que les salariés se mobilisent. Peut-être qu'en étant moins aveugles, plus solidaires, dans certains cas ils auraient moins l'air de "victimes consentantes". (ceci n'est pas un mode d'emploi, une prise de position, ce n'est qu'un exemple).
Trop long message encore une fois de ma part, mais puisque tu parlais "débat".
Amitiés.

gridou 24/09/2013 12:04

Mais oui, je suis d'accord avec toi. La théorie des victimes consentantes est tout à fait recevable, et même elle ne m'a pas choquée tout au long du roman parce que bien argumentée - je ne suis pas contre le fait de dire que les gens qui ont une attitude de loser se retrouvent souvent dans des situations foireuses et "il pleut toujours sur le mouillé", ce genre de trucs...). Mais le coup des juifs qui ont accepté Hitler, ça va trop loin. C'est de la provoc' (sans doute) mais ça donne juste envie de fermer le bouquin et de le jeter.
Quant au message de l'auteur qui dirait que les apparences sont trompeuses: oui, il y a un peu de ça. Au départ, tout le monde est très sympathique sur cette petite île et petit à petit on se rend compte que la vie n'y est pas si rose que ça, que certains ont des choses à cacher et même, que des gens qui paraissent ouverts sur le onde ont des opinions radicales. Mais quand même...ça m'a gênée de lire ça.
J'attends ta lecture et ton avis alors...